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Cette candidate du RN pour les sénatoriales n’est pas vraiment alignée avec une cause chère à Le Pen

Sep 03, 2026  Twila Rosenbaum 15 views
Cette candidate du RN pour les sénatoriales n’est pas vraiment alignée avec une cause chère à Le Pen

Le Rassemblement national prépare activement les élections sénatoriales du 27 septembre. Alors que les projecteurs sont braqués sur l’élection présidentielle, le parti d’extrême droite avance discrètement mais sûrement sur un autre front électoral : la conquête du Sénat. La chambre haute, longtemps perçue comme un bastion de la droite classique, apparaît désormais comme une cible crédible après les gains municipaux enregistrés par le RN. Avec seulement trois sénateurs, tous inscrits dans la catégorie des non-inscrits, le parti ne peut pas encore peser dans les équilibres du Palais du Luxembourg. La constitution d’un groupe, qui impose d’au moins dix élus, est donc l’objectif prioritaire.

Dans les Bouches-du-Rhône, le comité départemental a tranché en faveur de Marie-Pierre Callet. Cette élue issue des Républicains a été officiellement investie au printemps, après avoir annoncé son retrait de la cinquième vice-présidence du conseil départemental, présidé par Martine Vassal. Le signal était clair : le RN entend capter des personnalités issues de la droite de gouvernement pour élargir son assise territoriale. Le député Franck Allisio, qui pilote en partie la stratégie électorale dans le Sud, n’a pas caché sa satisfaction, saluant « un profil idéal ».

Derrière cette présentation lisse, la nouvelle candidate possède un parcours que le RN aimerait sans doute rendre plus discret. Marie-Pierre Callet se présente volontiers comme une rejoneadora. Il s’agit d’une forme particulière de corrida où le torero évolue à cheval. Elle suppose des années de dressage équestre et une connaissance fine du comportement du taureau. Le 26 août, l’élue a célébré l’anniversaire de son intronisation dans cette discipline. « 26 ans ont passé… la passion, elle, est toujours intacte », a-t-elle écrit, accompagnant son propos d’une image où elle apparaît en costume traditionnel. Bien plus qu’un simple loisir, la tauromachie est pour elle une identité. Un portrait datant de 2012 la citait déjà expliquant que la corrida avait été « l’histoire de sa vie ».

Une position qui contredit la ligne Le Pen

Cette mise en avant personnelle n’a rien d’anodin. Elle place Marie-Pierre Callet en porte-à-faux avec la sensibilité que Marine Le Pen cultive sur le bien-être animal. La présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale n’hésite jamais à évoquer son attachement aux chats, jusqu’à promettre de faire entrer l’un d’eux à Matignon si elle était élue. Cet engagement, réel ou mis en scène, la conduit logiquement à se méfier de la corrida. Dans son programme présidentiel de 2022 figurait ainsi une mesure visant à interdire la corrida aux mineurs, une façon de répondre aux attentes des défenseurs de la cause animale sans interdire totalement une pratique populaire dans le Sud.

Mais cette précaution ne fait pas l’unanimité au sein du Rassemblement national. Le sujet est structurellement clivant : il oppose une ligne moderne, soucieuse de banaliser le parti sur des thèmes sociétaux, à une ligne plus traditionaliste, attachée aux racines populaires et méridionales. La corrida est en effet bien plus qu’un spectacle dans certaines villes françaises. Elle y est vécue comme une tradition historique, une activité économique et un marqueur culturel que beaucoup refusent de voir assimiler à une simple maltraitance animale.

Dans le Sud, une aile tauromachie du RN

Cette tension a déjà eu des précédents concrets. En 2022, lors de l’examen d’un texte sur le bien-être animal, plusieurs députés RN du Sud ont pris leurs distances avec l’orientation défendue par Marine Le Pen. L’élu gardois Nicolas Meizonnet avait notamment déposé un amendement visant à reconnaître le caractère « traditionnel » de la corrida, « ancrée dans certains territoires français » et présentée comme « partie intégrante de l’économie et la culture de certaines villes ». Son argumentaire reprenait tous les éléments de langage des défenseurs de la tauromachie : la corrida serait une pratique séculaire, réglementée, et relevant de la liberté locale.

Élu maire de Vauvert en mars dernier, Nicolas Meizonnet est allé encore plus loin cet été en réintroduisant la corrida dans les arènes de sa commune. Cette décision a été comprise comme un clin d’œil aux militants de la tauromachie et un pied de nez aux associations de protection animale. Elle illustre surtout la liberté de ton dont bénéficient les élus locaux du RN, même lorsque leurs choix contredisent les orientations nationales. En 2024, pour éviter une nouvelle fracture publique, Marine Le Pen avait d’ailleurs accordé une liberté de vote à ses troupes lors d’une proposition écologiste visant à abolir la corrida. Le résultat avait été un vote peu discipliné, de nombreux élus du Sud votant contre ou s’abstenant.

L’investiture de Marie-Pierre Callet s’inscrit dans cette même logique de compromis interne. Le RN, qui rêve de constituer un groupe au Sénat, ne peut pas se permettre de froisser les sensibilités locales du Sud. Les Bouches-du-Rhône appartiennent à cette zone où la corrida reste légale et appréciée. En choisissant une rejoneadora comme tête de liste, le parti envoie un signal clair aux amateurs de tauromachie : il ne les sacrifiera pas sur l’autel des préoccupations animales de sa présidente. Le calcul est électoral autant que culturel.

Les sénatoriales, un enjeu stratégique majeur

Au-delà du symbole, ce choix doit être lu à l’aune des objectifs très concrets du Rassemblement national. Le Sénat est l’ultime chambre où le parti ne dispose pas encore d’un groupe. Obtenir dix sénateurs permettrait de bénéficier de moyens accrus, de temps de parole et de postes dans les commissions. Mais pour peser réellement dans l’institution, il faudrait davantage : une quinzaine d’élus donnerait accès au bureau du Sénat, une instance clé dans l’organisation des travaux parlementaires. Les estimations internes oscillent entre huit et treize sièges après le scrutin de septembre, un éventail suffisamment large pour maintenir le suspense et l’espoir.

Les récentes élections municipales ont redessiné la carte électorale qui nourrit le collège des grands électeurs. Le RN, qui a conquis de nombreuses petites et moyennes communes, espère convertir ces victoires en un socle de grands électeurs favorable. Dans les Bouches-du-Rhône, la donne est toutefois compliquée par la présence de Stéphane Ravier. Ancien sénateur rattaché au RN, il a été mis à l’écart du parti en raison de son soutien à Éric Zemmour lors de la dernière présidentielle, puis en raison de déboires judiciaires. Il a néanmoins maintenu sa candidature, ce qui crée une concurrence à droite de l’extrême droite et fragilise les chances de Marie-Pierre Callet d’être élue dès le premier tour.

La stratégie du RN consiste donc à occuper le terrain le plus largement possible, y compris en utilisant les codes culturels locaux. La corrida demeure un marqueur identitaire fort dans une partie des Bouches-du-Rhône. En plaçant à sa tête une rejoneadora, le parti assume une forme de droit à la différence interne et espère neutraliser un sujet que des adversaires locaux pourraient utiliser contre lui. Il suit en cela la méthode éprouvée par Marine Le Pen, qui consiste à ne pas trancher définitivement les questions clivantes pour préserver l’unité du mouvement.

Le cas de Marie-Pierre Callet est révélateur de la complexité d’un parti en voie d’institutionnalisation. Le Rassemblement national veut incarner à la fois un ordre nouveau, soucieux de la protection animale, et une force politique enracinée dans les territoires. Il doit aussi compter avec des élus locaux qui n’hésitent pas à afficher leurs convictions personnelles, quitte à contredire la communication nationale. La tauromachie, symbole de cette tension, n’a pas fini de bousculer les équilibres internes du parti.

Reste à savoir si l’électorat des grands électeurs des Bouches-du-Rhône se laissera convaincre par ce double mouvement. Marie-Pierre Callet devra défendre son bilan d’élue départementale, sa connaissance des dossiers locaux et sa capacité à siéger au Sénat, tout en assumant une passion qui n’est pas partagée par toutes les sensibilités politiques. Marine Le Pen, de son côté, devra composer avec une candidate qui ne partage pas toutes ses convictions personnelles. Le Rassemblement national, qui a bâti sa stratégie sur l’unité et la discipline, montre ici une fois de plus qu’il sait s’adapter aux réalités locales, même lorsqu’elles contredisent les engagements nationaux. La corrida sera peut-être, au final, l’un des révélateurs discrets mais efficaces de la façon dont le RN se prépare à exercer le pouvoir, en conciliant des lignes politiques que tout oppose.


Source:Yahoo! Actualités News


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