
Une ouverture inattendue d'OpenAI
Selon des informations rapportées par le Financial Times, OpenAI envisagerait une démarche radicale pour apaiser les relations avec l'administration Trump : céder 5% de son capital au gouvernement américain. Cette proposition, qui représenterait environ 42 milliards de dollars sur la base d'une valorisation de 852 milliards de dollars, vise à transformer une relation devenue conflictuelle en partenariat financier.
Sam Altman, PDG d'OpenAI, aurait personnellement engagé des discussions avec la Maison-Blanche pour explorer cette option. Selon des sources proches du dossier, Altman considère que le partage d'intérêts financiers constitue le moyen le plus efficace de collaborer avec les autorités et de sécuriser l'avenir réglementaire de l'entreprise. L'idée serait de faire entrer le gouvernement américain au capital, non pas comme un actionnaire minoritaire classique, mais comme un partenaire privilégié bénéficiant directement des retombées économiques de l'intelligence artificielle.
Un contexte de tensions croissantes
Les relations entre OpenAI et l'administration Trump se sont considérablement dégradées ces derniers mois. Alors que le secteur de l'IA bénéficiait initialement d'un certain enthousiasme de la part des autorités, les inquiétudes concernant l'impact sur l'emploi et la sécurité nationale ont progressivement pris le dessus. En juin dernier, les autorités américaines ont pris la décision inédite de retarder la publication des derniers modèles d'OpenAI et d'Anthropic, invoquant des failles de sécurité potentielles. Ce gel a constitué un signal fort, montrant que l'administration était prête à utiliser son pouvoir réglementaire pour contrôler le développement de l'IA.
Parallèlement, plusieurs conseillers de Trump réclament une réglementation beaucoup plus stricte du secteur. Certains projets de data centers, qui devraient se multiplier dans les années à venir, ont également cristallisé les tensions. Ces infrastructures, essentielles au fonctionnement des modèles d'IA, sont perçues comme des menaces environnementales et sociétales par une partie de l'opinion publique et des élus.
L'idée d'un fonds souverain pour l'IA
Au-delà de la simple cession de capital, Sam Altman propose un modèle plus large : la création d'un fonds souverain dédié à l'intelligence artificielle, inspiré du fonds pétrolier de l'Alaska. Ce fonds, déjà existant, verse des dividendes au gouvernement et à la population américaine. L'objectif serait de regrouper les participations des grandes entreprises d'IA dans un même véhicule financier, permettant une redistribution équitable des profits issus de cette révolution technologique.
Altman a suggéré que d'autres géants du secteur, comme Anthropic, Google ou Meta, pourraient également souscrire à cette idée. Toutefois, pour l'instant, aucune de ces entreprises n'a officiellement répondu à l'appel. Anthropic, en particulier, est en conflit ouvert avec l'administration sur des questions de sécurité, tandis que Google et Meta ont leurs propres agendas politiques et réglementaires.
Le précédent Intel : une stratégie éprouvée
Cette approche n'est pas sans précédent. Le géant des semi-conducteurs Intel a adopté une stratégie similaire par le passé. Après avoir été vivement critiqué par le président Trump, Intel a accepté de céder 10% de son capital au gouvernement américain. Ce geste a radicalement changé la donne : Trump est depuis devenu un soutien vocal de l'entreprise, louant ses investissements et sa contribution à la souveraineté technologique américaine.
En juin dernier, Trump avait même déclaré qu'il serait « magnifique » que les États-Unis prennent des parts dans l'IA. Selon lui, cela ferait des Américains des « partenaires de cette révolution », plutôt que de simples consommateurs ou régulateurs. Cette déclaration laisse penser que l'administration pourrait être ouverte à la proposition d'OpenAI, d'autant plus qu'elle s'inscrit dans une volonté plus large de contrôler les technologies émergentes.
Les implications pour l'industrie
Si cette proposition aboutissait, elle marquerait un tournant historique dans la relation entre le gouvernement américain et le secteur technologique. Jusqu'à présent, les entreprises de la Silicon Valley ont farouchement défendu leur indépendance face à l'État. Mais face à la montée des risques réglementaires, certaines commencent à envisager des solutions de coopération inédites.
Pour OpenAI, l'enjeu est clair : éviter une régulation trop contraignante qui pourrait freiner le développement de ses modèles. En offrant une participation au gouvernement, l'entreprise espère gagner un allié puissant plutôt qu'un adversaire. La valorisation d'OpenAI, estimée à 852 milliards de dollars, rend la proposition particulièrement attractive pour les finances publiques américaines. Une participation de 5% représenterait une entrée d'argent significative, sans même parler des dividendes futurs.
Mais cette stratégie comporte aussi des risques. Certains experts s'inquiètent d'une possible mainmise de l'État sur le développement de l'IA, ce qui pourrait compromettre l'innovation et la liberté de recherche. D'autres y voient au contraire une garantie de sécurité et de stabilité à long terme.
Les réactions des acteurs politiques et économiques
Les réactions à cette proposition sont pour l'instant mitigées. Du côté de la Maison-Blanche, on reste prudent, tout en reconnaissant l'intérêt de l'initiative. Plusieurs conseillers de Trump auraient exprimé leur soutien à l'idée d'un fonds souverain, y voyant un moyen de financer des programmes publics tout en contrôlant une industrie stratégique.
En revanche, certains élus démocrates ont critiqué l'idée, estimant qu'il s'agit d'un cadeau fait aux grandes entreprises sans garanties suffisantes pour les travailleurs et l'environnement. Des associations de consommateurs s'inquiètent également des risques de conflits d'intérêts, si le gouvernement devient à la fois régulateur et actionnaire.
Du côté des autres entreprises du secteur, les positions divergent. Google et Meta ont refusé de commenter, tandis qu'Anthropic a exprimé des réserves, estimant que la priorité devrait être la sécurité plutôt que les arrangements financiers. Toutefois, la pression pourrait monter si l'administration Trump décide de généraliser ce modèle à l'ensemble du secteur.
Le contexte plus large de la régulation de l'IA
Cette proposition intervient dans un contexte de débat mondial sur la régulation de l'intelligence artificielle. De nombreux pays, de l'Union européenne à la Chine, tentent de mettre en place des cadres législatifs pour encadrer le développement de l'IA. Les États-Unis, longtemps en retard sur ce plan, semblent vouloir rattraper leur retard.
Le gouvernement Trump a déjà pris plusieurs mesures, comme la création d'un groupe de travail sur la sécurité de l'IA et l'organisation d'auditions publiques. Les récentes interdictions et retards de publication montrent que l'administration est prête à agir rapidement, quitte à heurter les intérêts des entreprises.
Dans ce paysage, la proposition d'OpenAI pourrait servir de modèle pour d'autres secteurs technologiques. L'idée de partager les profits avec l'État via des participations au capital n'est pas nouvelle, mais elle prend une dimension nouvelle avec l'IA, une technologie aux impacts potentiellement démesurés.
Les détails techniques de l'offre
Selon les sources du Financial Times, l'offre d'OpenAI ne porterait pas seulement sur une cession de capital, mais aussi sur des mécanismes de gouvernance partagée. L'entreprise proposerait par exemple que le gouvernement américain ait un droit de regard sur les décisions stratégiques liées à la sécurité et à l'éthique. En contrepartie, OpenAI obtiendrait des garanties sur la non-ingérence dans ses opérations quotidiennes.
Les discussions porteraient également sur la valorisation précise de la participation. Si la valorisation d'OpenAI est de 852 milliards de dollars, elle pourrait fluctuer en fonction des performances futures. Un mécanisme d'ajustement pourrait être prévu pour que le gouvernement reçoive une part équitable, même en cas de variation du cours de l'action (si l'entreprise venait à entrer en Bourse).
Sam Altman a également évoqué la possibilité d'étendre ce modèle à d'autres sociétés, notamment dans le cadre du fonds souverain. Ce fonds, qui serait géré de manière indépendante, pourrait investir dans des startups d'IA ou financer des programmes de recherche publique. L'objectif serait de créer un cercle vertueux où les profits de l'IA profitent à l'ensemble de la société.
Les enjeux pour l'emploi et la société
L'une des principales motivations de l'administration Trump est la crainte que l'IA ne détruise massivement des emplois. Des études récentes estiment que jusqu'à 30% des postes pourraient être automatisés dans les prochaines décennies. Le gouvernement cherche donc à obtenir des garanties sur la création de nouveaux emplois et la reconversion des travailleurs touchés.
OpenAI s'est déjà engagée à investir dans des programmes de formation, mais une participation au capital pourrait donner à l'État les moyens d'imposer des conditions plus strictes. Par exemple, le gouvernement pourrait exiger que les data centers soient construits dans des régions sinistrées, créant ainsi des emplois locaux. Ou encore, il pourrait conditionner les dividendes à des efforts de recherche en IA éthique.
La proposition d'Altman semble donc s'inscrire dans une logique de compromis : plutôt que de subir une régulation imposée, OpenAI préfère négocier les termes d'un partenariat gagnant-gagnant. Reste à savoir si cette approche convaincra l'administration Trump, qui a souvent privilégié la confrontation directe.
Vers une nouvelle gouvernance de l'IA
À long terme, cette proposition pourrait ouvrir la voie à une nouvelle forme de gouvernance des technologies émergentes. Si le gouvernement américain devient actionnaire d'OpenAI, cela créerait un précédent pour d'autres entreprises, notamment dans les secteurs de la biotechnologie, de l'énergie ou des transports autonomes. L'État pourrait ainsi jouer un rôle de régulateur et de copropriétaire, ce qui changerait fondamentalement les dynamiques de pouvoir.
Certains analystes comparent cette situation à celle des entreprises pétrolières, où les gouvernements prennent souvent des participations pour garantir l'accès aux ressources. Dans le cas de l'IA, la ressource n'est pas un hydrocarbure, mais une capacité cognitive et computationnelle. L'État américain chercherait ainsi à sécuriser une ressource stratégique pour le XXIe siècle.
Il est encore trop tôt pour savoir si cette proposition aboutira. Les discussions sont en cours, et de nombreux obstacles restent à surmonter, notamment sur le plan juridique et fiscal. Mais une chose est certaine : l'initiative d'OpenAI marque un tournant dans les relations entre la Silicon Valley et Washington. Alors que les tensions ne cessent de croître, cette offre de paix financière pourrait bien être la solution que les deux parties attendaient.
Source:BFM BUSINESS News
