
Le suspense était moindre que pour le trophée masculin. Figure du football féminin mondial, Aitana Bonmatí, symbole du FC Barcelone vainqueur de la Ligue des champions et de la sélection espagnole vainqueur de la Ligue des nations, remporte son deuxième Ballon d’or après celui de 2023. La quatrième place de la Roja aux Jeux olympiques 2024, remportés par les États-Unis, n’a donc pas pesé. La récompense reprend le chemin de la Catalogne pour la quatrième année de suite puisque Alexia Putellas avait remporté les éditions 2021 et 2022.
Un Ballon d’or logique pour Aitana Bonmatí, régulièrement qualifiée de meilleure joueuse du monde sur le plan technique par l’ensemble des observateurs comme des actrices du jeu. « Une version d’Andrés Iniesta au féminin », osait le célèbre Pep Guardiola en 2023. « Elle aurait sa place chez les hommes », a déjà assuré Hervé Renard, ex-sélectionneur français. Un joli compliment pour la Catalane de 26 ans, née au sud de Barcelone en 1998 et arrivée à 14 ans au cœur de la machine Barça. Mais l’heure est peut-être venue de qualifier les meilleurs milieux du monde de « version d’Aitana Bonmatí au masculin ».
Aitana Bonmatí (FC Barcelone) remporte le Ballon d'Or 2024 pour la deuxième année consécutive ! ballondor
Le plus gros contrat du foot féminin
Devenue une référence du jeu, la numéro 6 voit son influence grandir au-delà des frontières du football féminin. Pep Guardiola, encore lui, l’évoque régulièrement comme un modèle à suivre pour ses milieux. Et le FC Barcelone l’amène au rang de symbole du club. À l’image des contrats offerts par le passé à des figures comme Xavi ou Iniesta, le président Joan Laporta a prolongé de quatre ans, jusqu’en juin 2028, Aitana Bonmatí, lui offrant au passage le bail le plus lucratif du football féminin actuel. Une marque de confiance et une manière de retenir une joueuse convoitée par Chelsea ou les écuries américaines.
Avec le Barça, la cheffe d’orchestre d’un collectif presque parfait a encore tout remporté. En championnat ? Un bilan de 29 victoires et un nul pour 137 buts marqués et 10 concédés. En Ligue des champions ? Une campagne mouvementée mais conclue par une clinquante victoire (2-0) face à l’Olympique Lyonnais en finale avec un but signé… Aitana Bonmatí évidemment. En demi-finale déjà, c’est elle qui permettait à son club une « remontada » sur la pelouse de Chelsea (2-0) après une défaite (0-1) subie à l’aller en Catalogne.
Et que dire de son influence sur le jeu de l’Espagne ? Et de son but, encore un, face à l’équipe de France en février dernier lors d’une finale de Ligue des nations maîtrisée de la tête et des épaules (2-0) ? Après le succès mondial en 2023, la Roja et sa milieu de terrain s’attendaient bien sûr à un autre scénario que des défaites face au Brésil (2-4) et à l’Allemagne (0-1) pour conclure les Jeux olympiques de Paris cet été. Mais sans aucune individualité forte, les autres nations, dont la France, n’avaient aucune chance de briser la dynamique espagnole sur ce Ballon d’or.
Pour comprendre l’ampleur de la carrière d’Aitana Bonmatí, il faut remonter à ses débuts. Née à Sant Pere de Ribes, une petite ville près de Barcelone, elle intègre La Masia à 14 ans. Très vite, elle impressionne par sa vision du jeu, sa capacité à dicter le rythme et ses passes décisives. Ses premiers pas en équipe première du Barça ont lieu en 2016, et dès lors, elle enchaîne les titres. Sous la direction de Lluís Cortés puis de Jonatan Giráldez, elle devient l’âme d’une équipe qui domine l’Europe. Entre 2021 et 2024, le Barça féminin remporte trois Ligues des champions, cinq championnats d’Espagne, et plusieurs Coupes de la Reine. Bonmatí est au centre de tout.
Son style de jeu est souvent comparé à celui d’Andrés Iniesta. Comme lui, elle possède un contrôle de balle exceptionnel, une capacité à éliminer les adversaires grâce à des feintes de corps et des changements de rythme. Mais elle ajoute une dimension de puissance et de percussion qui la rend encore plus redoutable. Ses statistiques parlent d’elles-mêmes : lors de la saison 2023-2024, elle a marqué 15 buts en Liga F et délivré 10 passes décisives, tout en étant élue meilleure joueuse de la Ligue des champions. En sélection, elle porte l’Espagne vers son premier titre mondial en 2023, où elle est logiquement désignée meilleure joueuse du tournoi.
L’impact d’Aitana Bonmatí dépasse le cadre sportif. Elle est devenue une icône pour toute une génération de jeunes filles qui se mettent au football. Son engagement en faveur de l’égalité des genres et de la lutte contre les discriminations est reconnu. Elle n’hésite pas à prendre la parole sur ces sujets, ce qui lui vaut une admiration au-delà des terrains. En 2024, elle figure dans la liste des 100 femmes les plus influentes du monde selon la BBC. Son succès ouvre des portes et change les mentalités dans un sport encore trop souvent marqué par les inégalités.
Le Ballon d’or 2024 vient couronner une saison quasi parfaite. Outre les titres collectifs, Bonmatí a accumulé les distinctions individuelles : meilleure joueuse de la finale de la Ligue des champions, membre de l’équipe type de l’UEFA, et lauréate du trophée The Best de la FIFA en 2023. Sa constance au plus haut niveau est impressionnante. Alors que certaines joueuses peinent à enchaîner les performances, elle reste le pilier de son équipe, semaine après semaine.
L’avenir s’annonce tout aussi radieux. Avec un contrat longue durée, elle est promise à rester au Barça jusqu’en 2028. Mais les rumeurs l’envoient régulièrement vers la NWSL, aux États-Unis, où des franchises comme le Washington Spirit ou l’OL Reign seraient prêtes à investir des sommes records. Pour l’instant, Bonmatí affirme vouloir continuer à gagner avec son club formateur. La prochaine Coupe du monde 2027 et les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 pourraient être ses prochains grands objectifs.
Enfin, il convient de souligner le contexte général du football féminin. Le Ballon d’or féminin est décerné depuis 2018, et la domination espagnole est manifeste avec des joueuses comme Alexia Putellas et maintenant Aitana Bonmatí. Cette hégémonie barcelonaise a provoqué des débats sur la représentativité du trophée, mais force est de constater que ces joueuses sont au-dessus du lot. Bonmatí incarne cette excellence technique et tactique qui fait la fierté de la Catalogne et de l’Espagne tout entière.
Source:leparisien.fr News
