
Masayoshi Son, fondateur et patron de SoftBank, est devenu l'une des figures les plus singulières de la tech mondiale. Né en 1957 sur l'île de Kyushu, dans le sud-ouest du Japon, il a grandi dans une famille d'origine coréenne qui survivait difficilement en élevant de la volaille et des porcs. Avant de côtoyer les dirigeants les plus puissants et de brasser des milliards, il a connu la pauvreté, le travail rude et le regard parfois méprisant porté sur les familles issues de la communauté coréenne au Japon. Cette enfance modeste a forgé chez lui une ambition que rien ne semble pouvoir arrêter.
Les faits clés
- Masayoshi Son est né en 1957 à Kyushu, au Japon, dans une famille d'origine coréenne.
- Il a étudié aux États-Unis à partir de 16 ans et vendu un logiciel de traduction à Sharp pour 1 million de dollars.
- Il a fondé SoftBank et investi tôt dans Yahoo ! et Alibaba.
- Le Vision Fund a investi près de 100 milliards de dollars, avec des échecs comme WeWork et Oyo.
- SoftBank a enregistré 4 300 milliards de yens de pertes sur ses fonds Vision en 2022/2023.
- Masayoshi Son mise désormais sur Arm et l'IA, et s'est associé à Donald Trump pour le projet Stargate.
- Stargate prévoit 100 milliards de dollars immédiats, et jusqu'à 500 milliards sur quatre ans.
L'homme aujourd'hui âgé de 67 ans raconte volontiers ses débuts. Pour nourrir les bêtes, sa famille ramassait les ordures des voisins. « C'était tellement visqueux que j'en avais la nausée (...). On travaillait dur. Et j'ai travaillé dur », a-t-il confié un jour en recevant un prix. Cette expérience a nourri une conviction : la réussite ne doit rien au hasard. Elle se construit par l'effort, mais aussi par des choix audacieux. À 16 ans, déjà débordant d'ambition, il décide de partir étudier aux États-Unis contre l'avis de ses parents. Il y restera jusqu'en 1980.
Un entrepreneur façonné par l'Amérique
Ce long séjour américain influencera profondément son mode de pensée et d'action. Dans un Japon où la recherche du consensus guide souvent les décisions des entreprises, Masayoshi Son cultive au contraire un style tranchant, rapide, parfois solitaire. C'est aux États-Unis, alors qu'il est étudiant à Berkeley, qu'il connaît son premier succès dans les affaires. Il développe un logiciel de traduction anglais-japonais et le vend au groupe électronique Sharp pour un million de dollars. Le signal est clair : il sait transformer une idée technique en actif financier.
Dans sa vingtaine, il fonde le groupe d'investissement SoftBank. Les années 1990 marquent l'accélération de son ascension. Il fait des paris colossaux sur Yahoo ! et sur le géant chinois du commerce électronique Alibaba. Le premier aurait fait de lui, pendant quelques jours, la personne la plus riche du monde. Le second aurait conforté sa réputation d'entrepreneur « touché par Midas », capable de transformer en or les entreprises dans lesquelles il investit. Cette réputation, flatteuse, masque cependant une réalité plus contrastée : Masayoshi Son est un preneur de risques extrêmes, dont les succès spectaculaires ont parfois été suivis de revers tout aussi retentissants.
La machine Vision Fund et ses excès
Fin 2016, il crée un colossal fonds de capital-risque, le SoftBank Vision Fund, avec le soutien notamment du premier fonds souverain d'Arabie saoudite. L'objectif est vertigineux : investir près de 100 milliards de dollars dans des start-up technologiques. Pendant quelques années, SoftBank devient le banquier de la Silicon Valley, injectant des sommes considérables dans des entreprises promises à un avenir radieux. Mais de nombreux investissements réalisés dans la Silicon Valley ont échoué, parfois de manière spectaculaire. C'est le cas notamment de la société de partage de bureaux WeWork, qui a fait faillite, et d'Oyo Rooms, un groupe hôtelier indien.
Au cours de l'exercice 2022/2023, les deux fonds Vision de SoftBank ont enregistré des pertes considérables de 4 300 milliards de yens, soit environ 32 milliards de dollars à l'époque. Ces chiffres rappellent que la stratégie de Masayoshi Son repose sur des cycles d'investissement très longs et sur une tolérance au risque qui n'a pas d'équivalent parmi les grands groupes japonais. Le financier a alors décidé de s'orienter vers l'intelligence artificielle, qu'il considère comme la prochaine grande révolution technologique.
Le pari Arm et l'intelligence artificielle
La clé de cette révolution à venir, espère l'homme de 67 ans, sera la société Arm, détenue majoritairement par SoftBank. Ce concepteur britannique de puces est présent dans 99 % des smartphones. Masayoshi Son souhaite qu'Arm rivalise avec Nvidia, avec qui l'entreprise est actuellement partenaire, et fabrique des puces pour les processus d'intelligence artificielle. L'enjeu est immense : l'IA générative exige des capacités de calcul toujours plus grandes, et les processeurs qui la font fonctionner sont devenus stratégiques.
Le rapprochement avec Donald Trump s'inscrit dans cette logique. Dès le premier mandat du président américain, Masayoshi Son avait promis que SoftBank investirait 50 milliards de dollars aux États-Unis et créerait 50 000 emplois. Lors d'une apparition aux côtés du président élu en décembre, et face à une demande insistante de ce dernier sur le ton de l'humour, il a déclaré qu'il allait maintenant « doubler la mise » en investissant 100 milliards de dollars et en créant des emplois pour 100 000 Américains. Une promesse spectaculaire, à la mesure de son goût pour les annonces grandioses.
Stargate, un projet à 500 milliards
Le 21 janvier 2025, Masayoshi Son est apparu à la Maison Blanche aux côtés de Donald Trump, de Sam Altman, directeur général d'OpenAI, et de Larry Ellison, fondateur d'Oracle, pour annoncer le projet Stargate. Le patron de SoftBank a précisé que la coentreprise allait « commencer à déployer immédiatement 100 milliards de dollars », avec l'objectif d'atteindre un total de 500 milliards de dollars sur quatre ans. Il en sera le président, avec SoftBank responsable du financement et OpenAI des opérations. Arm, Microsoft, Nvidia, Oracle et OpenAI fourniront la technologie.
Pour Masayoshi Son, « c'est le début d'un âge d'or pour l'Amérique ». Il voit plus loin : « Après cela, une superintelligence artificielle viendra résoudre les problèmes que l'humanité n'aurait jamais pensé pouvoir résoudre », a-t-il déclaré. Ces propos traduisent sa vision d'un capitalisme technologique capable de changer le monde, mais aussi son habitude de formuler des promesses aux dimensions exceptionnelles. Le projet Stargate devient ainsi le nouveau point d'orgue de sa carrière, après les paris sur Yahoo !, Alibaba, Arm et le Vision Fund.
Les marchés enthousiastes, les analystes prudents
Mercredi à Tokyo, l'action de SoftBank Group, le géant nippon des investissements dans la tech, a clôturé sur une envolée de 10,61 %. Les investisseurs ont salué l'annonce du projet américain et le retour en grâce de Masayoshi Son auprès de Donald Trump. Des analystes ont estimé que le dirigeant avait retrouvé son « mojo », cette capacité à susciter l'enthousiasme avec des projets hors norme. Le marché voit dans cette alliance une opportunité stratégique, mais aussi un signe de la capacité de SoftBank à se repositionner au cœur des grandes batailles technologiques.
Mais des questions demeurent. La manière dont SoftBank financera ces engagements reste incertaine. Des analystes pensent que le groupe pourra attirer des partenaires limités, probablement de l'argent du Moyen-Orient comme il l'a fait avec le Vision Fund, tandis que des ventes d'actifs sont très probablement à l'ordre du jour. D'autres se montrent plus sceptiques : à moins que SoftBank ne vende sa participation dans Arm, qui est de toute façon massivement surévaluée, d'où viendra tout l'argent ? La question du financement accompagne chaque annonce de Masayoshi Son, comme un rappel de la fragilité de son modèle.
Un portrait entre audace et controverse
Le parcours de Masayoshi Son ne se résume pas à une succession de coups réussis. Il incarne une forme de capitalisme mondialisé, où les frontières entre les États, les entreprises technologiques et les fonds d'investissement deviennent floues. Son histoire personnelle, marquée par la migration de sa famille coréenne au Japon, la pauvreté de l'enfance et le départ précoce aux États-Unis, explique en partie son rapport particulier au risque. Il a construit sa carrière en misant sur des entreprises avant qu'elles ne deviennent évidentes pour le reste du marché.
Aujourd'hui, l'homme de 67 ans mise sur l'intelligence artificielle, les puces et la puissance de calcul. Il veut faire d'Arm un acteur capable de rivaliser avec Nvidia, et de Stargate une infrastructure capable de soutenir la prochaine génération de modèles d'IA. Son rapprochement avec Donald Trump lui offre une visibilité politique exceptionnelle, mais il l'expose aussi aux critiques. Les promesses d'investissements massifs et de création d'emplois seront scrutées, tout comme la capacité de SoftBank à les tenir. Le nom de Masayoshi Son reste
Source:La Libre.be News
