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À Rome, Narendra Modi et Giorgia Meloni affichent leur complicité et une coopération renforcée

Oct 21, 2026  Twila Rosenbaum 15 views
À Rome, Narendra Modi et Giorgia Meloni affichent leur complicité et une coopération renforcée

Narendra Modi a choisi Rome pour conclure une tournée internationale qui l’a conduit notamment aux Émirats arabes unis, aux Pays-Bas, en Suisse et en Norvège. Le déplacement, présenté comme la dernière étape d’un périple diplomatique et économique, constitue la première mission en Italie d’un chef de gouvernement indien depuis 26 ans. Il s’agit surtout du septième tête-à-tête entre le Premier ministre indien et la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, en trois ans. Cette fréquence témoigne d’une relation devenue stratégique, mais aussi d’une proximité politique que les deux dirigeants ne cherchent plus à masquer.

Au sommet de la Villa Pamphili, les deux gouvernements ont annoncé l’élévation de leurs relations au rang de partenariat stratégique spécial. Dans un contexte de bouleversements géopolitiques, de recomposition des chaînes d’approvisionnement et de tensions au Moyen-Orient, l’entente entre Giorgia Meloni et Narendra Modi apparaît au beau fixe. Les deux responsables dirigent des gouvernements fortement conservateurs et partagent une conception volontariste de la souveraineté économique, de la sécurité et des alliances internationales.

Les faits clés

  • Narendra Modi a effectué à Rome la dernière étape d’une tournée internationale, avec une visite officielle le 20 mai 2026.
  • Il s’agit de la première mission en Italie d’un chef de gouvernement indien depuis 26 ans.
  • La rencontre entre Narendra Modi et Giorgia Meloni est leur septième tête-à-tête en trois ans.
  • Les relations indo-italiennes ont été élevées au rang de partenariat stratégique spécial lors du sommet de la Villa Pamphili.
  • Les deux pays veulent porter leurs échanges commerciaux à 20 milliards d’euros d’ici 2029, contre environ 14 milliards actuellement.
  • Ils entendent s’appuyer sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde et sur le projet Imec, un corridor logistique reliant l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe.
  • La coopération doit couvrir la défense, les minéraux critiques, la recherche, l’innovation technologique, l’intelligence artificielle et la manufacture.
  • Les deux dirigeants ont discuté des principaux dossiers internationaux, dont le dossier iranien.
  • Ils ont lancé l’Année Italie-Inde de la Culture et du Tourisme pour 2027.

Une proximité politique et personnelle assumée

La scène romaine a donné lieu à des images soigneusement mises en scène. Les deux dirigeants se sont affichés ensemble au Colisée, souriants et complices, avant de poser devant un sachet de bonbons indiens appelés « Melody ». Ce nom fait référence au surnom donné au couple politique par la presse indienne, qui voit dans cette relation une forme d’alchimie personnelle autant qu’un rapprochement d’intérêts. Les photographies et les séquences diffusées sur les réseaux sociaux ont été abondamment reprises, contribuant à installer l’idée d’une entente durable entre Rome et New Delhi.

Cette proximité ne date pas de la visite de 2026. Giorgia Meloni s’est rendue en Inde en 2023 pour renforcer les relations bilatérales, tandis que Narendra Modi avait déjà croisé la dirigeante italienne lors de grands rendez-vous multilatéraux. Depuis, les rencontres se sont multipliées, au point que les deux gouvernements parlent désormais d’un partenariat structuré, appuyé par des échanges réguliers entre ministres, diplomates et industriels. La visite romaine s’inscrit dans cette séquence, avec une dimension symbolique forte : celle d’une Italie qui cherche à compter davantage en Indo-Pacifique et d’une Inde qui veut diversifier ses partenaires en Europe.

Dans la soirée, Narendra Modi a également assisté à des spectacles de musique et de danse indiennes interprétés par des artistes italiens. Ce moment culturel illustre la volonté des deux capitales de ne pas limiter leur rapprochement aux contrats économiques et aux consultations politiques. La culture, le tourisme et les échanges universitaires sont présentés comme des leviers complémentaires pour ancrer la relation dans la société civile et dans l’opinion publique.

Un partenariat stratégique spécial, au-delà du symbole

L’expression « partenariat stratégique spécial » n’est pas seulement protocolaire. Elle doit permettre d’élargir un dialogue déjà dense à des domaines considérés comme prioritaires par Rome et New Delhi. Les deux pays veulent renforcer leur coopération dans la défense, les minéraux critiques, la recherche, l’innovation technologique, l’intelligence artificielle et la manufacture. Ces secteurs sont au cœur des rivalités économiques mondiales et des stratégies de réduction des dépendances, notamment vis-à-vis de la Chine.

Dans le domaine de la défense, l’Italie cherche à développer ses échanges avec un partenaire indien en pleine modernisation de ses équipements. Les discussions portent sur la sécurité maritime, les technologies navales, l’aérospatiale, la cybersécurité et la coopération industrielle. L’Inde, de son côté, veut attirer des technologies européennes et diversifier ses fournisseurs. Les deux pays partagent aussi un intérêt pour la stabilité des routes maritimes, de la mer Rouge à l’océan Indien, où transitent une partie essentielle du commerce mondial.

Les minéraux critiques constituent un autre axe majeur. L’Inde a besoin de lithium, de cobalt, de terres rares et d’autres matières premières pour ses ambitions industrielles, notamment dans les batteries, les semi-conducteurs et les énergies renouvelables. L’Italie, comme l’Union européenne, veut sécuriser ses approvisionnements et réduire sa dépendance à un petit nombre de producteurs. Le partenariat pourrait donc inclure des projets d’exploration, de transformation, de recyclage et de certification des chaînes de valeur. Des entreprises italiennes et indiennes sont déjà positionnées sur ces segments, et les gouvernements entendent faciliter les coentreprises et les transferts de technologie.

La recherche et l’intelligence artificielle complètent ce dispositif. Les deux pays souhaitent développer des collaborations entre universités, laboratoires et start-up, avec des financements communs et des programmes de mobilité pour les chercheurs. L’intelligence artificielle est présentée comme un domaine de coopération mais aussi de régulation, dans un contexte où l’Europe et l’Inde tentent de définir leurs propres règles face aux géants américains et chinois. La manufacture, enfin, doit permettre d’intégrer davantage les chaînes de production indiennes et italiennes, notamment dans le textile, la mécanique, l’agroalimentaire et les équipements industriels.

Commerce, libre-échange et corridor Imec

Sur le plan économique, les deux gouvernements ont confirmé leur volonté de porter les échanges commerciaux à 20 milliards d’euros d’ici 2029, contre environ 14 milliards actuellement. Cet objectif s’appuie sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde, présenté comme un cadre susceptible de stimuler les exportations italiennes et les investissements indiens en Europe. Rome souhaite notamment augmenter ses ventes de machines, de produits pharmaceutiques, de biens de consommation et de technologies industrielles, tandis que New Delhi veut attirer des capitaux et des compétences italiennes.

Le projet Imec, qui vise à constituer un corridor logistique reliant l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe, est également au cœur des discussions. Ce corridor, défendu avec détermination par les deux capitales, comprendrait des infrastructures ferroviaires, portuaires, énergétiques et numériques. Il pourrait réduire les coûts de transport, diversifier les routes commerciales et renforcer les liens entre l’Asie du Sud, le Golfe et la Méditerranée. Pour l’Italie, il s’agit d’une opportunité de valoriser ses ports et son positionnement au centre de la Méditerranée. Pour l’Inde, le corridor représente un moyen de contourner certaines vulnérabilités et de connecter plus directement ses productions aux marchés européens.

Les deux dirigeants ont aussi discuté des principaux dossiers internationaux, dont le dossier iranien. Cette question revêt une importance particulière pour l’Inde, qui entretient des relations historiques avec Téhéran et dépend en partie de la stabilité régionale pour ses échanges énergétiques et ses projets de connectivité. L’Italie, de son côté, suit de près les équilibres au Moyen-Orient, les flux migratoires et la sécurité énergétique en Méditerranée. La convergence affichée à Rome ne signifie pas une identité de vues sur tous les sujets, mais elle traduit une volonté de coordonner davantage les positions et de se consulter sur les crises régionales.

Culture, tourisme et diplomatie de long terme

Les deux gouvernements ont enfin lancé l’Année Italie-Inde de la Culture et du Tourisme pour 2027. Ce programme doit donner une visibilité accrue aux échanges culturels, aux patrimoines respectifs et aux circuits touristiques. Il prévoit des expositions, des festivals, des rencontres littéraires, des projections cinématographiques et des initiatives consacrées à la gastronomie, au design et aux savoir-faire artisanaux. L’objectif est double : augmenter les flux de visiteurs et renforcer la connaissance mutuelle entre deux sociétés encore parfois perçues à travers des stéréotypes.

Le tourisme constitue un enjeu économique important pour l’Italie comme pour l’Inde. Rome espère attirer davantage de voyageurs indiens, tandis que New Delhi veut faire connaître ses destinations au-delà des circuits classiques. Les deux pays peuvent aussi coopérer dans la formation professionnelle, la gestion du patrimoine et la protection des sites culturels. La dimension culturelle de la visite s’inscrit donc dans une stratégie plus large : transformer une entente politique en relation durable, portée par les entreprises, les universités, les artistes et les touristes.

Le programme de 2027 prévoit des échanges dans le cinéma, le patrimoine, la gastronomie, le design et le tourisme, avec un calendrier d’événements répartis entre les deux pays.


Source:RFI News


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