
Le chanteur de BTS, Suga, de son vrai nom Min Yoon-gi, a été condamné à une amende de 15 millions de wons sud-coréens, soit environ 10 295 euros, pour avoir conduit une trottinette électrique en état d'ébriété. La sentence a été rendue vendredi par le tribunal du district de Séoul, confirmant les faits survenus au mois d'août dernier. L'artiste de 31 ans avait alors été retrouvé près de son domicile, non loin du quartier de Hannam-dong, tentant de se relever après une chute de sa trottinette électrique.
Les policiers appelés sur place avaient procédé à un test d'alcoolémie qui s'est révélé positif, avec un taux de 0,227 %, soit près de trois fois la limite légale fixée à 0,08 % en Corée du Sud. Ce dépassement massif du seuil autorisé a immédiatement conduit au retrait du permis de conduire de l'idole, une procédure courante dans le pays lorsqu'un conducteur est contrôlé avec un taux aussi élevé.
Des excuses publiques et un mea culpa
Dès la révélation de l'incident, Suga avait publié une déclaration sur la plateforme Weverse, utilisée par les artistes de l'agence HYBE pour communiquer avec leur communauté de fans. Dans un message empreint de contrition, il avait présenté ses plates excuses à ses admirateurs et au public. « Bien que personne n'ait été blessé et qu'aucun bien n'ait été endommagé, c'est entièrement ma responsabilité et je n'ai aucune excuse », avait-il écrit. « Je m'excuse auprès de ceux qui ont été blessés par ma négligence et mon comportement fautif, et je veillerai à ce que cela ne se reproduise plus à l'avenir. »
Le chanteur avait également tenté d'expliquer les circonstances de son geste. « Je pensais que la distance était courte », avait-il confié, avant d'ajouter : « J'avais oublié qu'on ne peut pas utiliser de trottinette électrique sous l'influence de l'alcool. » Des propos qui avaient suscité une vive polémique en Corée du Sud, où les idoles de la K-pop sont tenues à une exigence d'exemplarité particulièrement stricte.
L'affaire a pris une ampleur médiatique considérable, non seulement en raison de la notoriété de Suga, membre de l'un des groupes les plus célèbres de la planète, mais aussi parce que la législation sud-coréenne sur l'ivresse au volant est l'une des plus sévères au monde. Depuis 2019, le seuil légal d'alcoolémie a été abaissé à 0,03 % pour les conducteurs, et la peine encourue en cas de récidive ou de taux très élevé peut aller jusqu'à une peine de prison. Pour une trottinette électrique, les règles sont alignées sur celles des véhicules motorisés, et la conduite en état d'ivresse est considérée comme un délit.
Une carrière au sommet de la K-pop
Suga, né en 1993 à Daegu, a rejoint le groupe BTS en 2013 en tant que rappeur et producteur. Aux côtés de RM, Jin, J-Hope, Jimin, V et Jungkook, il a connu une ascension fulgurante qui a transformé le septet en phénomène mondial. Avec des albums comme « Love Yourself: Tear », « Map of the Soul: 7 » et « BE », BTS a accumulé les records, vendu des millions d'albums et rempli les plus grandes salles du monde, de Los Angeles à Paris, en passant par Séoul et Tokyo.
Le rappeur s'est également distingué par ses projets solo, publiant sous le nom d'Agust D des mixtapes acclamées par la critique, notamment « D-2 » en 2020 et « D-Day » en 2023. Ces œuvres, souvent plus personnelles et introspectives, ont révélé une facette différente de l'artiste, abordant des thèmes comme la santé mentale, la pression sociale et la quête de sens. Sa collaboration avec le chanteur américain Halsey sur le titre « Suga's Interlude » et ses featurings avec des artistes comme IU et Suran ont également démontré sa polyvalence.
En 2022, le groupe annonçait une pause afin de permettre à ses membres de se concentrer sur des projets solos et de préparer leur service militaire, obligatoire pour tous les hommes sud-coréens valides. Jin, l'aîné du groupe, a été le premier à s'engager, suivi de J-Hope, RM, V, Jimin et enfin Jungkook. Suga, quant à lui, a été jugé inapte au service militaire classique en raison d'une opération à l'épaule subie dans sa jeunesse. Il a ainsi été affecté en tant qu'agent des services sociaux, une forme de service civil équivalent au service militaire pour ceux qui ne peuvent pas servir sous les drapeaux. Cette affectation, qui devait durer jusqu'à l'été 2025, a été interrompue temporairement par les procédures judiciaires, bien que l'artiste ait continué à exercer ses fonctions entre les audiences.
La réaction des fans et de l'opinion publique
L'annonce de la condamnation a provoqué des réactions contrastées. Sur les réseaux sociaux, de nombreux fans d'ARMY, le nom donné à la communauté de fans de BTS, ont exprimé leur soutien à Suga, rappelant qu'il a présenté ses excuses et que personne n'a été blessé. D'autres ont toutefois souligné la gravité des faits, rappelant que la conduite en état d'ébriété, quel que soit le véhicule, est un comportement dangereux et irresponsable. Les médias sud-coréens ont largement commenté l'affaire, certains critiques pointant du doigt une image de la K-pop qui se doit d'être irréprochable, tandis que d'autres ont appelé à une certaine indulgence, évoquant une erreur de jeunesse.
L'incident et sa sanction s'inscrivent dans une période charnière pour BTS. Alors que le groupe a promis de se reformer en 2025, une fois tous les membres libérés de leurs obligations militaires, cet épisode pourrait avoir des répercussions sur la dynamique du retour. HYBE, l'agence qui gère le groupe, n'a pas encore officiellement commenté la décision du tribunal, mais il est probable que Suga devra observer un devoir de réserve supplémentaire et faire preuve d'une prudence accrue dans les mois à venir.
Une législation stricte et des précédents célèbres
Ce n'est pas la première fois qu'une idole de la K-pop est épinglée pour conduite en état d'ébriété. En 2019, le chanteur Kang Daniel avait été condamné à une amende pour avoir conduit un scooter électrique avec un taux d'alcoolémie de 0,128 %. En 2021, le rappeur et acteur Lee Hong-gi du groupe FTISLAND avait également été sanctionné pour des faits similaires. Ces affaires, souvent médiatisées, témoignent de la vigilance des autorités sud-coréennes à l'égard des personnalités publiques, mais aussi de l'évolution des mœurs vis-à-vis de la conduite après consommation d'alcool.
La législation sud-coréenne sur les véhicules de mobilité personnelle, comme les trottinettes électriques, a été renforcée ces dernières années. Depuis 2021, le port du casque est obligatoire, tout comme le permis de conduire, quelle que soit la cylindrée ou la puissance du moteur. Les amendes pour infraction peuvent aller de 100 000 à 200 000 wons pour un simple défaut de casque, mais les sanctions pour conduite en état d'ivresse sont bien plus lourdes, avec des peines pouvant atteindre plusieurs millions de wons et une suspension de permis pouvant aller jusqu'à deux ans. En cas de récidive, la prison peut être requise.
Cette sévérité s'explique par un contexte historique et social particulier. La Corée du Sud a longtemps été marquée par un taux élevé d'accidents de la route liés à l'alcool. Les campagnes de prévention et l'application stricte des lois ont permis de faire baisser ces chiffres, mais les autorités restent particulièrement mobilisées sur le sujet. Pour les personnalités publiques, l'enjeu est multiple : non seulement elles doivent respecter la loi, mais elles sont également tenues de montrer l'exemple à leurs millions de fans. Une infraction de ce type peut ternir une image soigneusement construite des années durant.
L'affaire de Suga a également relancé le débat sur l'écart entre la perception des trottinettes électriques et leur encadrement juridique. Beaucoup considèrent encore ces engins comme des jouets ou des moyens de locomotion anodins, alors qu'ils sont assimilés à des véhicules motorisés et peuvent atteindre des vitesses de 25 à 30 km/h, voire plus pour certains modèles. Les chutes, parfois graves, sont fréquentes, et les accidents impliquant des trottinettes électriques ont augmenté de manière exponentielle dans les grandes villes sud-coréennes. Selon les statistiques officielles, plus de 16 000 accidents de trottinettes électriques ont été recensés en 2022, soit une hausse de 14 % par rapport à l'année précédente.
La condamnation de Suga, bien que symbolique, envoie un message clair : la loi s'applique à tous, y compris aux célébrités les plus en vue. Elle rappelle également que la notoriété ne protège pas des conséquences juridiques d'actes irresponsables. Pour l'artiste, dont la carrière a été marquée par une ascension exemplaire et une image de travailleur acharné, cet épisode constitue sans doute une leçon amère. Il devra désormais composer avec cette tache à son casier judiciaire, ainsi qu'avec une opinion publique plus attentive à ses faits et gestes.
En attendant, BTS reste plus que jamais au centre de toutes les attentions. Les fans du groupe attendent avec impatience le retour complet de la formation en 2025, date à laquelle les sept membres seront enfin réunis. Ce retour sera probablement l'un des événements musicaux les plus attendus de la décennie, et il reste à voir comment Suga, fort de cette expérience, abordera cette nouvelle étape. Dans un groupe où chacun des membres occupe une place essentielle, sa contribution artistique demeure indispensable, et les fans espèrent que ce faux pas ne viendra pas entacher une histoire collective exceptionnelle.
Au-delà du cas particulier de l'artiste, cette affaire souligne un phénomène plus vaste : la pression constante qui pèse sur les idoles de la K-pop. Entre exigences professionnelles, surveillance médiatique et attentes irréalistes du public, ces artistes évoluent dans un équilibre précaire. Les clubs de fans, très organisés, jouent souvent un rôle protecteur, mais ils ne peuvent empêcher les erreurs individuelles. La leçon de cette affaire réside peut-être dans la nécessité pour chacun, célébrité ou non, de mesurer les conséquences de ses actes, surtout lorsqu'ils impliquent la sécurité d'autrui.
Source:20 Minutes News
