
Naomi Osaka et Shintaro Mochizuki : un duo japonais inédit à Wimbledon
Hormis leur nationalité, tout semble les opposer. Mais ce dimanche, ils seront unis par un immense défi commun. Pour leur premier huitième de finale à Wimbledon, les Japonais Naomi Osaka et Shintaro Mochizuki affrontent ce qui se fait de mieux sur la planète tennis, les n°1 mondiaux Aryna Sabalenka et Jannik Sinner. Dans un style très différent et unique en son genre, tous deux rêvent d'exploit.
Pour l'une, c'est une habitude. Pour l'autre, c'est une grande première. La quadruple gagnante en Grand Chelem Naomi Osaka (28 ans), qui défie Aryna Sabalenka pour la quatrième fois de la saison, pourra donner quelques conseils à son compatriote Shintaro Mochizuki (23 ans, 151e mondial et issu des qualifications), qui lui succèdera sur le Centre Court face à Jannik Sinner alors qu'il n'avait jamais, jusqu'à présent, dépassé le deuxième tour dans un Majeur. Un double sommet pour les deux Japonais qui auront quoi qu'il arrive beaucoup de choses à se raconter avant, et surtout après leur match.
Une amitié née lors de la United Cup
C'est que si Osaka et Mochizuki paraissent diamétralement opposés en termes de style de jeu et de vécu sur le circuit, l'un et l'autre ont tissé ces derniers mois une relation d'amitié. Une relation "grande sœur-petit frère", comme le résume l'ancienne numéro un mondiale. Les deux ont appris à se connaître en début d'année dans le cadre de la United Cup. "C'était le seul qui venait me parler, je crois que je faisais un peu peur à tous les autres", rigolait la star d'Osaka après son succès face à Daria Kasatkina au troisième tour. "Sans lui manquer de respect, on aurait dit un gamin qui venait sans cesse me voir pour me parler. Je trouvais ça vraiment adorable. Il était tellement drôle !"
Leurs échanges ne se limitent pas aux conversations. Osaka a révélé qu'ils partagent désormais des onigiris préparés par la mère de Mochizuki. "En ce moment, on s'échange des onigiris, j'ai même demandé à sa mère de m'en préparer pour me faire goûter. Et comme je gagne, elle est obligée de m'en faire d'autres !", a-t-elle confié avec humour. Cette complicité inattendue entre la star mondiale et le modeste qualifié illustre bien l'esprit de camaraderie qui peut régner dans le tennis japonais.
Shintaro Mochizuki : l'art de la variété sur gazon
N'empêche que s'il y a bien un domaine où Mochizuki pourrait en apprendre un peu à son aînée, c'est dans l'art de jouer sur gazon. L'absence du moindre huitième de finale joué jusque-là à Wimbledon par Osaka était une forme d'anomalie au regard de sa carrière, mais aussi le reflet de son manque d'aptitude sur herbe. Une surface au contraire totalement naturelle pour Mochizuki, vainqueur de Wimbledon juniors en 2019. Une première historique, d'ailleurs, pour le Japon.
Numéro un mondial de la catégorie et vainqueur notamment de Carlos Alcaraz en Coupe Davis juniors, Shintaro Mochizuki était à l'époque considéré comme un très grand espoir. La suite a été un peu plus compliquée, la faute notamment à de nombreuses questions existentielles qu'il s'est posé sur son jeu, à la fois unique en son genre et assez peu raccord avec les standards modernes. Mais, c'est une certitude, parfaitement adapté au gazon.
Petit gabarit (1,75 m), Mochizuki a choisi de se détourner de la voie de la puissance pour aller vers celle, moins à la mode, de la variété et de l'offensive. Il caresse la balle, brouille les pistes et, sur gazon du moins, n'hésite pas à venir au filet dès que possible. Lors de son succès au troisième tour contre Rafael Jodar, il a effectué 87 montées au filet. Si vous ne l'avez encore jamais vu jouer, ce duel en mondovision contre Sinner sera une parfaite occasion de le faire. Dans son style, Mochizuki est un petit phénomène.
"Quand je suis passé pro à l'âge de 18 ans, j'ai connu pas mal de coaches qui m'ont demandé de frapper la balle plus fort", racontait celui qui a été formé en grande partie en Floride, à l'académie Nick Bolletieri, où il a déménagé à l'âge de 12 ans. "J'ai essayé, mais ça ne marchait pas. C'est à partir de là que j'ai commencé à sentir que j'étais sans doute un joueur différent. Cela m'a pris deux ou trois ans pour revenir à mon tennis. Et maintenant, je crois que c'est bon."
Plus habitué à la castagne du fond de court, qu'il incarne jusqu'au bout des ongles, Jannik Sinner peut s'apprêter à goûter un cocktail différent. Mochizuki ne compte pas se renier pour l'affronter, bien contraire : il cherchera à grossir le trait. "Jannik cherchera à jouer très vite et à me détruire du fond. Alors, de mon côté, je devrai faire tout mon possible pour le sortir de sa filière, sinon je n'ai aucune chance", a-t-il déclaré. "Je vais essayer de le sortir de sa zone de confort en faisant ce que je fais d'habitude, à savoir garder la balle basse, venir au filet, courir partout… Je ne pense pas qu'il soit habitué à affronter ce style de jeu."
Mais Mochizuki, lui non plus, n'est pas habitué à jouer un tel match. Tout l'inverse de Naomi Osaka, acclimatée aux plus grandes scènes et qui défiera Aryna Sabalenka pour la quatrième fois de la saison, après Indian Wells, Madrid et Roland-Garros. Pour autant de défaites, à chaque fois en huitièmes de finale. Mais ses gros progrès sur gazon, qu'elle attribue essentiellement à ses progrès en matière de déplacement, lui laissent entrevoir l'espoir d'une issue différente, cette fois.
Naomi Osaka : puissance et style
Ce qui est sûr, c'est qu'elle ne misera pas sur les mêmes atouts que son compatriote pour faire dérailler Sabalenka. Osaka évolue dans le même registre que la numéro un mondiale, tout en puissance, et tentera d'imposer sa loi. Si la Japonaise est, elle aussi, unique en son genre, ça n'est pas tant par son jeu que par sa manière de changer les codes de son sport, notamment vestimentaires. À Wimbledon, elle a encore fait sensation avec ses entrées sur le court vêtue d'un long kimono blanc, ceinturé d'un obi traditionnel et orné de deux fleurs blanches. Du Osaka dans le texte.
Naomi a également appris à jouer dans une académie en Floride (la Harold Solomon Academy), mais elle non plus n'oublie jamais ses racines nippones. Et si besoin en était, l'avènement de Shintaro Mochizuki arrive à point nommé pour les lui rappeler. "C'est vraiment sympa d'avoir un autre Japonais qui pousse, cela me motive à continuer", a-t-elle souligné.
Il y aura sûrement une nouvelle dégustation d'onigiris ce dimanche soir, quoi qu'il arrive. Mais auparavant, sur le terrain, il y aura quand même un peu de sushi à se faire. Osaka et Mochizuki incarnent deux visages du tennis japonais : l'un adepte de la puissance et de la modernité, l'autre de la variété et de la tradition. Tous deux ont déjà marqué l'histoire de Wimbledon cette année en atteignant la deuxième semaine. Leur parcours respectif suscite un engouement énorme au Japon, où les chaînes de télévision ont programmé des émissions spéciales et où les réseaux sociaux s'enflamment à chaque point gagné.
Contexte et enjeux pour le tennis japonais
Le Japon n'avait jamais eu deux joueurs et joueuses en huitièmes de finale du même Grand Chelem depuis l'ère Open. Kei Nishikori avait ouvert la voie, mais il n'a jamais eu de partenaire féminine aussi brillante que Naomi Osaka pour partager la scène. Aujourd'hui, Osaka compte déjà quatre titres du Grand Chelem (Australian Open 2019 et 2021, US Open 2018 et 2020), tandis que Mochizuki n'en est qu'à ses débuts. Mais sa progression fulgurante sur gazon rappelle celle de Nick Kyrgios ou de Roger Federer à leurs débuts, même si le style est différent.
Leur défi est immense : Sabalenka et Sinner sont les leaders incontestés du circuit. La Biélorusse a remporté l'Open d'Australie cette année et est en pleine confiance. L'Italien, numéro un mondial, a remporté Wimbledon en 2025 et vise le doublé. Mais le gazon est une surface traîtresse, et les outsiders ont souvent leur mot à dire. Mochizuki sait qu'il peut déstabiliser Sinner avec son jeu atypique, tandis qu'Osaka espère enfin briser la malédiction des huitièmes de finale contre Sabalenka.
À noter que les matchs se dérouleront dimanche sur le Centre Court de Wimbledon, devant un public qui devrait être largement acquis à la cause japonaise. Les deux joueurs ont déjà montré qu'ils pouvaient compter sur un soutien fervent, et l'ambiance promet d'être électrique.
En attendant, les deux Japonais continuent de s'entraîner ensemble et de partager des moments de complicité. Leur amitié, née sur les courts de la United Cup, est devenue un symbole de l'unité du tennis japonais. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent, ils ont déjà gagné le cœur des fans du monde entier.
Source:Eurosport News
